Partager l'article ! Casse dans les manifs, pas si simple...: ...
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ex-commissaire de banlieue analyse pour Rue89 les vidéos de la mobilisation -parfois violente- contre la réfome des retraites.
Le maintien de l'ordre (MO), Jean-François Herdhuin l'a d'abord connu comme étudiant en Mai 68. Puis, comme commissaire de police, à Mantes-la-Jolie, Evry, Beauvais, Nanterre et finalement en Seine-Saint-Denis où il sera sanctionné à cause -déjà- d'une affaire de flashball dont Rue89 avait rendu compte.
En 37 ans de carrière, Jean-François Herdhuin a fait du MO sur toutes sortes de manifestations. Celles des lycéens, dit ce retraité depuis mai, sont les plus délicates à suivre, car les jeunes ne savent pas manifester… Entretien.
Rue89 : Existe-t-il une conception particulière du maintien de l'ordre pour ce type de manifestations ?
Jean-François Herdhuin : Non, on peut regretter d'ailleurs qu'il n'y ait pas de dispositif spécifique pour les jeunes, alors que dans ces manifestations, les violences sont plus nombreuses et aussi fortes que dans celles des adultes. C'est le dispositif classique : police, gendarmerie… etc. Le renseignement est assuré par le Sdig [ex-RG, ndlr].
Un des problèmes, aujourd'hui, c'est la centralisation des circuits de décision. Par exemple, je ne suis pas sûr qu'en région parisienne, la nouvelle police d'agglomération, avec la concentration des décisions dans une salle unique d'état-major à la préfecture de police de Paris, permette d'avoir une gestion sereine des événements.
Pourquoi ? Parce que dans une salle d'état-major, on est plus ou moins aveugle. Vous n'avez pas forcément le choix des forces, dans la stratégie à conduire.
C'est quoi le bon échelon ?
A Paris, le bon échelon est l'échelon local. Cela n'empêche pas le contrôle de la hiérarchie centrale. Parce que souvent, en matière de MO, une décision a une portée politique. Débloquer une raffinerie ou un lycée, ça peut être politique.
Il faut être réactif face aux jeunes ?
Oui, mais avant, il faut anticiper. Dès les premiers signes d'agitation, on sentait bien que ça allait venir la mobilisation des jeunes. Il faut avoir les contacts, par le biais de la municipalité, des établissements (collèges et lycées), avant les manifs.
Pourquoi ? Parce que les chefs établissements ne sont pas toujours enclins à dialoguer avec la police, mais ça a progressé.
L'idée, c'est de leur faire un cours d'organisation de manifestation. Leur expliquer que c'est un droit, mais avec des devoirs (déclaration préalable, itinéraire… etc).
A Paris, c'est souvent possible, en banlieue il n'y a pas forcément d'interlocuteurs. Pour cela, je suis favorable au retour d'une police de quartiers. Il ne s'agit pas de se poser comme censeur, mais de leur expliquer ce que sont les libertés publiques. En clair, la police organise la manifestation, puisque de toute façon elle aura lieu. Je l'ai fait à Drancy.
Les jeunes découvrent la vie dans la rue… à l'âge où on veut en découdre. Il faut donc les canaliser, les organiser et les prévenir des risques encourus en cas de dérapages. C'est dans leur intérêt, pour éviter qu'ils ne discréditent eux-mêmes leur mouvement. Moi je leur disais :
« Si vous prenez la tête d'une manif, sans l'organiser, vous prenez des responsabilités, y compris si ça dérape. »
Quelle organisation cela suppose-t-il ?
Il faut des encadrants parmi les lycéens. Là où ça s'est fait, il y a moins de débordements. Les encadrants peuvent être des enseignants avec des brassards. Dans la rue, quand la manif est encadrée comme avec la CGT, cela n'incite pas à la violence. Quand c'est désorganisé, cela incite à la violence.
A Paris, les débordements sont moins faciles, parce que ce n'est pas le territoire des délinquants. Les grands boulevards d'Haussman sont d'ailleurs faits pour que les policiers puissent charger à l'aise.
Dans les cités, c'est différent. En banlieue, il faut improviser, être très rapide. Quand vous faites une charge à Paris, vous savez où les gens vont partir, donc vous pouvez anticiper le mouvement. En banlieue, vous ne savez plus où sont passés vos manifestants après une charge…
Jean-François Herdhuin : Avant le tir de flashball, les jeunes rigolent, ils blaguent. C'est exactement ça une manif de jeunes : la franche rigolade.
Y-a-t-il un sens politique ? Je n'en sais rien. On ne voit pas très bien ce que font les policiers à ce moment-là. S'ils chargent avec des lacrymos et des flashballs, c'est qu'il y a une charge offensive pour dégager l'entrée du lycée… sauf s'il y a eu une provocation de la part des jeunes. Apparemment, ils tirent de loin au flashball. (Voir la vidéo)
Personnellement, je suis contre leur utilisation dans des manifs de jeunes, mais le flashball fait partie de l'arsenal des policiers en MO. Si on ne leur dit pas de le laisser dans les voitures, ils l'emportent. Si la situation dégénère, avec des tirs de fusil de chasse comme c'est arrivé parfois, il est temps de sortir le matériel adéquat.
Jean-François Herdhuin : Il faut distinguer manifestations et violences urbaines. Quand il y a des énergumènes comme cela, c'est difficile de les isoler dans la foule. Il s'agit d'éviter les bousculades ou les incidents.
On attend que les honnêtes gens soient partis pour s'occuper des autres dans les queues de manif. Ceux-là sont équipés de casques, de barres… etc. Souvent, ce sont les mêmes militants « anarchistes » que l'on retrouve un peu partout.
Pour moi, l'homme à la matraque, on dirait un policier. Mais je ne suis pas sûr à 100%, car son comportement est anormal, il s'isole dans la foule. Normalement, il devrait avoir un brassard… Parfois, pour ne pas se faire lyncher, les policiers en civil ne le mettent pas. C'est toujours dangereux de pouvoir confondre policiers et manifestants. Le brassard sert à les différencier. Des actions isolées comme celle-là, c'est interdit. (Voir la vidéo)
Si vous suggérez que la police laisse commettre des violences, je suis sûr que ce n'est pas possible. Le chef du dispositif est informé. Il y a des syndicats dans la police qui désapprouverait ce genre de choses.
Les provocations datent des années 60, avec des groupes parallèles type SAC [service d'action civique], mais aujourd'hui ça ferait scandale en interne… La manip dans une manif, c'est dangereux pour tout le monde : pour les politiques et pour les manifestants. A part l'extrême droite et l'extrême gauche, je ne vois pas qui a intérêt à faire ce genre de choses.
Si on est sûr de discréditer les manifestants par une non-intervention alors que les gens cassent, ça peut être politiquement très réussi. Mais cela peut aussi se retourner contre les politiques avec un drame, la mort d'un jeune par exemple.
Moi, je faisais repérer les plus durs par les BAC [brigade anticriminalité]. On les filochait dans le cortège et au moment propice à la fin, on les interpellait.
Jean-François Herdhuin : A Rouen, dans la vieille ville avec des petites rues difficiles à quadriller, je faisais progresser en parallèle des sections d'intervention. Pas les CRS, c'est trop lourd, mais une section d'intervention de douze à quinze gars casqués comme on les voit sur ces images. La BAC jouant le rôle d'observation et d'interpellation.
A Lyon, il y a les moyens. Vous avez des forces mobiles pour le noyau dur, la BAC pour l'observation et les sections d'intervention locales pour agir avec une bonne connaissance du terrain. En maintien de l'ordre, il n'y a pas de recette miracle. Il faut s'adapter en permanence aux gens et à l'environnement.
Pour moi, il faut différencier le délinquant, celui qui vient avec l'intention d'en découdre, pour se venger d'une garde à vue, par méchanceté… On le voit sur les images. C'est parfois très violent. (Voir la vidéo)
Par le passé, il y a eu des viols par attouchement dans des queues de manif : vingt à trente types qui déshabillent une fille et se jettent sur elle. Il n'y a pas de plainte sur ce genre d'affaires.
Les casseurs, ce sont des jeunes normaux qui s'énervent en cours de manifestation. La réponse à de tels actes peut être brutale, ils doivent le savoir.
Il y a certainement du débriefing à faire dans les lycées, pour qu'ils apprennent de ces derniers jours de manifestations.
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