La Tunisie avance doucement mais plus surement que les autres pays du « printemps arabe ».

La Tunisie revient de loin aprĂšs le premier brouillon de la constitution rĂ©digĂ© en juin 2012, oĂč l’horizon nous apparaissait bien noir.

La société civile locomotive de la démocratie

Tout le monde imaginait qu’à l’instar des autres pays qui se sont rĂ©voltĂ©s contre leur dictature, la Tunisie Ă  son tour allait sombrer dans le chaos, terrorisme, guerre civile, islamisation de la sociĂ©tĂ©, paralysie de son fonctionnement.

Les tunisiens ne s’avouant pas vaincus, montĂšrent au crĂ©neau, sociĂ©tĂ© civile et opposition n’eurent de cesse que de contrer les idĂ©es moyen Ăągeuses que le Qatar et tous les islamiteux du golfe ont voulu nous imposer.

Le rĂ©sultat est sans appel, la Tunisie est la seule Ă  avoir Ă©chappĂ©e Ă  la guerre, et la seule Ă  s’ĂȘtre dotĂ©e d’une constitution laĂŻque, malgrĂ© l’ingĂ©rence incessante des pĂ©tro monarques.

Mais dans leur jeu d’échec pipĂ©, ils avaient oubliĂ© une piĂšce maĂźtresse qu’ils n’avaient pas vu venir : La Femme Tunisienne.

La tunisienne sur tous les fronts

La tunisienne descendante d’Elyssa Reine et fondatrice de Carthage dont elle a hĂ©ritĂ© les lettres de noblesse, ne voulait pas se laisser dĂ©possĂ©der de ses droits que feu Habib Bourguiba Premier PrĂ©sident de la RĂ©publique Tunisienne lui lĂ©galement donnĂ© avec le cĂ©lĂšbre et inĂ©galable « code du statut personnel ».

Depuis le début de la révolution, elle a été sur tous les fronts.

Pendant le mois de ramadhan tous les soirs, elle abandonnait maison mari et enfant, pour rejoindre le sit-in du Bardo.

Telle une amazone, elle n’a craint ni la police ni la hargne et la violence des barbus qui rageaient de la voir toujours aussi insolemment indĂ©pendante alors qu’ils avaient tout fait pour la formater Ă  l’image des pauvres femmes des pays du golfe, pour qui simplement parler Ă  un homme en le regardant , Ă©tait un crime de lĂšse majestĂ©.

Les saoudiennes aussi ont « des droits »

Mais les pays du golfe comme l’Arabie saoudite ont eux aussi « Ă©voluĂ©s » grĂące au printemps arabe.

De vrais lois rĂ©volutionnaires voient le jour dans ces pays ou les femmes ne sont mĂȘme pas considĂ©rĂ©es comme complĂ©ments des hommes (une loi que voulait faire passer Nahda et qui a fait choux blanc). Ces lois extraordinaires allaient bouleverser la vie de ces femmes.

En effet aprĂšs mĂ»re rĂ©flexion, l’état leur concĂ©da le droit de faire : du VELO.

Quelle avancĂ©e considĂ©rable, n’est ce pas une loi rĂ©volutionnaire ?

La Tunisie depuis des annĂ©es comptait dĂ©jĂ  la premiĂšre femme pilote de ligne et commandant de bord, et on venait au XXI siĂšcle de donner l’autorisation aux saoudiennes de faire simplement du vĂ©lo.

Cette autorisation n’était pas non plus sans conditions, elles doivent ĂȘtre entiĂšrement couvertes et accompagnĂ©es d’un homme de la famille.

Cette prĂ©caution Ă©tait nĂ©cessaire juste pour le cas oĂč il viendrait l’envie Ă  l’une de ces femmes de fuir l’Arabie Saoudite sur son vĂ©lo en traversant le dĂ©sert.

Mais d’un autre cĂŽtĂ©, si on leur a donnĂ© l’immense privilĂšge de pouvoir faire du vĂ©lo, on leur a enlevĂ© un de leur plaisir prĂ©fĂ©rĂ© : la balançoire.

Ces hommes sortis d’un autre Ăąge, trouvaient qu’une femme toute vĂȘtue de noir se balançant, Ă©tait trop excitante lorsque ses voiles flottaient au grĂ© des mouvements.

Dans l’état actuel des choses mĂȘme une femelle orang outan les exciterait.

Mais il est vrai que la tunisienne diffÚre beaucoup de ces femmes du golfe qui ont toutes des origines bédouines avec les traditions qui vont avec.

En Tunisie les traditions sont autres, d’abord c’est une sociĂ©tĂ© qui mĂȘme si elle est patriarcale officiellement, tout le monde est d’accord sur le fait qu’au fond elle vraiment matriarcale et que la tunisienne subtilement n’avoue pas, laissant l’homme s’imaginer qu’il rĂšgne sur la famille. De plus en Tunisie Ă  travers les siĂšcles, il y a toujours eu des femmes exceptionnelles qui ont traversĂ© l’histoire. MĂȘme si Habib Bourguiba en grand visionnaire qu’il Ă©tait, leur a donnĂ© ce que socialement elle mĂ©ritait, et que d’autres pays arabo musulmans leur refusaient jusqu’à ce jour et que mĂȘme des occidentaux tardĂšrent Ă  donner Ă  leurs femmes, la tunisienne a toujours Ă©tait une battante.

La tunisienne dans l’histoire

Dans l’histoire de la Tunisie, nombre de femmes se sont distinguĂ©es Ă  l’instar d’Elyssa surnommĂ©e la Reine Didon.

Mais en plus de cette reine qui fit prospĂ©rer Carthage, la Tunisie compte dans son histoire une grande guerriĂšre la fameuse Kahena, une berbĂšre qui tenue tĂȘte aux Omeyades et rĂ©gna sur l'Ifriqiya (territoire qui correspond Ă  l'AlgĂ©rie, la Tunisie et la Tripolitaine).

Le patriotisme Ă©tant l’une des qualitĂ©s de la tunisienne on retrouve dans notre histoire Sophonisbe surnommĂ©e Ă  juste titre la patriote. NĂ©e Ă  Carthage en 235 avant J-C et fille d’Hasdrubal, gĂ©nĂ©ral de Carthage, elle Ă©pouse Syphax roi de Numidie scellant ainsi une alliance entre les deux contrĂ©es. Quand son mari et son pĂšre perdirent une bataille face aux armĂ©es romaines, emmenĂ©e Ă  Rome sous les ordres de Scipion l’Africain, elle se suicida pour Ă©viter le dĂ©shonneur face aux vainqueurs.

Bourguiba interdit la polygamie mais le précurseur de la monogamie en Tunisie fut également une femme : Aroua

Connue juste de son prĂ©nom, la belle Aroua fut Ă  l’origine du fameux «contrat de mariage kairouanais» qui institua au VIII e siĂšcle la monogamie entre les Ă©poux. PrĂ©curseur du Code du Statut Personnel, ce contrat a Ă©tĂ© imposĂ© par la jeune femme rĂ©putĂ©e pour sa beautĂ©. Lorsqu’un calife Abbasside vint demander sa main elle lui imposa la monogamie sous peine de divorce. SubjuguĂ© par sa beautĂ©, le calife al Mansour accepta et l’épousa.

Dans la religion aussi la tunisienne se montra rĂ©volutionnaire dans ce monde qui Ă©tait rĂ©servĂ© aux hommes. Manoubia la sainte, de son vrai nom AĂŻcha Manoubiya, symbolisa une autoritĂ© religieuse au dĂ©but du XIVe siĂšcle. Elle montra trĂšs jeune un intĂ©rĂȘt pour les textes islamiques. Son intĂ©rĂȘt trop poussĂ© la fit passer pour folle. Son mode de vie, sa beautĂ© et son Ă©rudition imposeront une crainte qui lui permit de prier Ă  la mosquĂ©e de la Zitouna Ă  Tunis en compagnie des hommes. A elle seule, elle incarna la modernitĂ© d’une femme qui refuse sa condition et rĂ©volutionna la conception de la femme dans la religion.

Mais le XXùme siùcle avait lui aussi ses tunisiennes d’exceptions.

Tawhida Ben Cheikh fut la premiÚre femme tunisienne médecin

En 1936, elle fut la premiĂšre bacheliĂšre dans le monde arabe. Elle fit ses Ă©tudes Ă  Paris et s’orienta vers la gynĂ©cologie. Elle contribuera Ă  mettre en place le Planning familial tunisien dans les annĂ©es 60 et mourut Ă  102 ans.

En 1936 Bechira Ben M’rad fonda l’UMFT (Union musulmane des femmes de Tunisie), elle fut la pionniĂšre du fĂ©minisme proprement dit. L’UMFT ne sera officialisĂ© qu’en 1951.

Au cours des derniĂšres dĂ©cennies la Tunisie compta plusieurs femmes qui assumaient leur fĂ©minitĂ© tout en Ă©tant des femmes de pouvoir Ă  l’instar de Wissila Ben Ammar(ex Ă©pouse de Bourguiba) ou mĂȘme dans un autre chapitre Leila Trabelsi Ă©pouse de l’ex dictateur Ben Ali et dictateur elle-mĂȘme.

Parmi les femmes qui se sont fait connaitre post rĂ©volutionnaire une jeune fille rentrera dans l’histoire sans l’avoir voulue.

Khaoula Rachidi : ce nom ne dit peut ĂȘtre rien aux occidentaux et pourtant elle incarne le courage des tunisiennes.Lors des Ă©vĂšnements de l’universitĂ© de la Manouba, le 8 mars 2012 les salafistes voulaient s’emparer de la facultĂ© pour y imposer des nikabĂ©es, un salafiste grimpa sur le toit pour tenter d’enlever le drapeau tunisien et le remplacer par le drapeau noir des extrĂ©mistes religieux. TĂ©tanisĂ© par l’acte odieux, les Ă©tudiants regardaient cette profanation sans bouger. Khaoula Rachidi, petit bout de femme de 25 ans Ă©tudiante, escalada Ă  son tour l’immeuble pour atteindre le toit, et s’élança contre le profanateur pour l’empĂȘcher d’enlever le drapeau tunisien. Celui-ci en la jetant Ă  terre donna un Ă©lectro choc aux spectateurs mĂ©dusĂ©s qui rĂ©agirent et prirent la dĂ©fense de la jeune femme et du drapeau tunisien. Son geste d’un incroyable courage, fut perçu comme un grand acte patriotique, une rĂ©sistance contre l’extrĂ©misme et contre les idĂ©aux des obscurantistes du Golfe Persique.

Les femmes dans la révolution

Le 14 janvier 2011 il y avait autant de femmes que d’hommes sur l’avenue Habib Bourguiba et depuis ce jour elles ne cessaient de battre le pavĂ© Ă  chaque appel ou Ă  chaque fois qu’un article de la constitution allait Ă  l’encontre de leurs droits ou Ă  l’encontre de la dĂ©mocratie.

Elles furent les plus actives durant ces 3 derniÚres années.

Mais le rassemblement le plus extraordinaires fut celui du 6 Aout 2013 oĂč devant le Palais du Bardo une foule de prĂšs de 500 000 personnes se rĂ©unissait pour demander le dĂ©part du gouvernement et de l’ANC illĂ©gitime depuis plusieurs mois.Plus de la moitiĂ© des manifestants Ă©taient des femmes de tout Ăąge et de toute couche sociale.

Le machisme n’est pas que masculin

Mais chaque communautĂ© comptant des brebis galeuses, dans l’hĂ©micycle 4 de nos Ă©minentes dĂ©putĂ©es du parti de Nahda, votĂšrent contre la loi sur la paritĂ©, loi rappelons le qui leur a permit d’ĂȘtre lĂ  ou elles sont pour pouvoir voter contre le fait qu’elles soient lĂ . Ça ne s’invente pas, c’est rĂ©ellement arrivĂ©.

Elles devaient certainement avoir une montée de testostérone leur faisant oublier leur attribut féminin.

Heureusement les autres dĂ©putĂ©es conscientes de la chance qu’elles avaient, votĂšrent pour cette loi.

Mais le machisme en Tunisie Ă  l’instar de toutes les autres sociĂ©tĂ©s dans le monde, quoique les occidentaux puissent en dire, n’est pas mort pour autant.

La parité se fait attendre

Leur rĂŽle de militante mĂȘme s’il est connu et reconnu ne leur ouvre pas toutes les portes aussi facilement.

Dans le dernier gouvernement dirigĂ© par la TroĂŻka, il n’y avait qu’une seule femme. Elle dirigeait le MinistĂšre de la femme, de la famille et de l’enfance.

Notons que Sihem Badi qui n’a nullement fait honneur aux femmes dans son rĂŽle de Ministre, fut nommĂ©e pour ses relations partisanes et non pour ses compĂ©tences. Elle n’a dĂ©fendu tout au long de son mandat que les intĂ©rĂȘts du PrĂ©sident provisoire (un provisoire qui commence Ă  s’éterniser) et ses propres intĂ©rĂȘts. Elle ne s’est guĂšre souciĂ©e ni des droits des femmes, ni des enfants, et a laissĂ© prolifĂ©rer les crĂšches illĂ©gales dirigĂ©es par des extrĂ©mistes voulant formater Ă  leur idĂ©aux, la prochaine gĂ©nĂ©ration.

Maherzia Laabidi la vice PrĂ©sidente de l’ANC, une nadahouies pur jus, qui n’est pas plus apprĂ©ciĂ©e qu’elle, a toutefois le mĂ©rite d’avoir plus travaillĂ© que la Badi qui a passĂ© 2 ans Ă  ne s’occuper que de son body et de faire profiter sa famille des avantages en nature dont elle bĂ©nĂ©ficiĂ©e en tant que Ministre.

MĂȘme si les hommes reconnaissent les capacitĂ©s et les compĂ©tences des femmes, ils ne sont pas prĂȘts pour autant Ă  leur cĂ©der les postes qui depuis tant d’annĂ©es leur sont attribuĂ©s de facto.

Dans le nouveau gouvernement apolitique, aprĂšs toutes les concertations que le premier Ministre a dut mener, il n’a trouvĂ© que 3 femmes ayant les qualitĂ©s requises pour intĂ©grer son gouvernement de compĂ©tence et apolitique.

Les femmes compĂ©tentes se comptant en grand nombre, soit il n’a pas cherchĂ© au bon endroit soit il n’en a pas trouvĂ© beaucoup d’apolitiques.

Toutefois, il a le mĂ©rite d’avoir fait mieux que son prĂ©dĂ©cesseur, il en a nommĂ© 3 dans un gouvernement restreint.

Dans un pays comme la Tunisie ou les femmes sont plus nombreuses que les hommes et ou elles se sont illustrĂ©es dans toutes les professions depuis longtemps, bien qu’on lui reconnaisse son rĂŽle incontestable de militante, le domaine de la gouvernance reste encore l’apanage des hommes.

Pour les prochaines Ă©lections, la paritĂ© est de mise, donc du cĂŽtĂ© de l’assemblĂ©e pas de problĂšmes, un gouvernement comprenant plusieurs femmes ministres serait Ă©galement le bienvenu, mais pour finaliser cette rĂ©volution en beautĂ©, et pour parfaire l’exception tunisienne, une femme PrĂ©sident serait la cerise sur le gĂąteau.

La Tunisienne pour toujours envers et contre tous
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